"Pas de courrier pour toi aujourd'hui, Chléa..."
Cela faisait deux mois que Dana répêtait cette même phrase à sa fille Chléa, et celle-ci s'assombrissait un peu plus chaques fois qu'elle l'entendait. Nicolas était parti étudier en France depuis le 14 mai 1983, cela faisait deux mois exactement aujourd'hui. Ils s'étaient tout deux promis de s'écrire, mais seule Chléa avait tenu sa promesse. Elle lui écrivait tout les jours, des lettres de plus en plus longues. Mais lui ne lui avait pas écrit une seule fois. Bien sur, il avait téléphoner deux ou trois fois, les premières semaines, mais aujourd'hui, il ne prenait même plus cette peine. Toute l'idylle qui avait été au coeur de Chléa ces deux dernières années semblait se désagréger chaques jours un peu plus. Chléa était de plus en plus morose et parfois, elle semblait perdre tout espoir et sombrer dans la folie. Mais elle n'y parvenait même pas. Elle n'arrivait pas à abandonner, à renoncer. La lettre arriverait, tôt ou tard, elle attenderait toute sa vie, et même plus, s'il le fallait. Ses décisions avenirs dépendaient de cette lettre, et tant qu'elle ne l'avait pas lue, il fallait attendre.
"Pas de courrier pour toi aujourd'hui, Chléa..."
Elle sortit donc, tête baissée, du pub de ses parents. C'était une chaude journée d'été. Et si il ne lui répondait jamais? Et si elle ne le revoyait jamais? Elle frissona alors, malgré la chaleur. D'habitude, ce sont les hommes qui écrivent et les femmes qui ne répondent pas, non? Elle n'écrira plus, elle en avait décider ainsi. Elle le haïssait désormais, autant qu'elle l'aimait. Elle le haïssait pour ses mensonges, ses promesses parjurées. Au fil des pages, elle lui avait envoyé toute sa vie. Elle était vide maintenant. L'encre était sêche, et à force de vivre dans un mensonge, on sombrait dans l'insanité. Elle n'était même plus sur de vouloir lire une lettre de Nicolas si il daignait lui en envoyer une. Si, elle le ferait certainement mais elle se plaisait à en douter. Elle marchait depuis plusieurs heures déjà, sous une chaleur écrasante, dans les rues de Dresde. Elle avait faim, elle avait soif, elle avat chaud, mais elle s'en sentait détachée. Elle s'observait dépérir avec un détachement clinique. Elle lui avait donné son temps, son amour, sa vie entière, en vain. Tout ce temps passé ensemble était désormais anhilé et tout ses vieux mensonges ressurgissaient. De nombreuses interrogations tourmentaient Chléa. Qu'est-ce qu'il ressent? Est-ce qu'il pense à moi? Est-ce qu'il s'en veut? Est-ce qu'il m'aime? Il a peut-être peur de trop penser à moi si il ouvre et lit mes lettre, alors il ne les ouvre pas... Combien de temps vais-je souffrir ainsi? Jusqu'à ce que j'en devienne cinglée? Ou jusqu'à ce que je m'occis? Est-ce là la solution à es tourments? Mourir pour ne plus souffrir? Etaler le sang pour le plaisir? Et pourquoi? Par Amour? Que sui-je supposer faire? Chléa fut alors prise d'un vertige passager. Le temps éphémère de cette sensation, elle vit le monde qui l'entourrait différement, comme si elle avait pu voir à travers, comme si tout lui était, l'espace d'un instant, accessible, et dérisoire à la fois.
"Pas de courrier pour toi aujourd'hui, Chléa..."
Ai-je faim? Le feu est vert, un vélo passe. Ai-je soif? Le feu est rouge, mais la fontaine gicle tout de même. Ai-je chaud? Les gens s'évapporent, les voitures hurlent. Chléa souhaite éclater de rire et courrir à la fois. Rouge. Vert. Un vélo. Un tramway. Une fontaine. Une lettre. Un mensonge. Suis-je folle? Ou simplement fatiguée? Pourquoi est-ce que je ressens tout cela? Rien de cela n'est rationnel. Pourquoi ne meurt-il pas, lui, à à la cause de tout? Ai-je perdu ma moralité à l'aimer? Je dois mourir, alors... Il n'y est pour rien, c'est moi qui ressent tout.
Vert. Le son doux et voluptueux d'une clarinette. La place du Théâtre. Au coeur de la romantique Dresde. Une fontaine vrombit. Une lettre? Rouge. Un piano tombe. Un parjure s'en va. Un tramway s'en vient. Un mensonge?
"Pas de courrier pour toi aujourd'hui, Chléa..."