Sous la Lune des Baisers
Les premiers mois, Chléa et Nicolas s'échangeaient des lettres à intervalles réguliers. Mais cette relation épistaulaire tomba en lambeau au cours de l'année qui suivit. Les lettres de Nicolas furent toujours empruntes de la même passion, jusqu'à la dernière; et lorsque Chléa les lisait, elles lui traversaient le corps et l'âme, comme si elle pouvait ressentir ses sentiments, malgré la distance. Mais c'était à chaques fois une sensation éphémère. Les lettres de Chléa s'espacèrent au fil du temps; et Nicolas qui pouvait autrefois lire dans ces lettres l'image parfaite et exacte de ses propres sentiments, découvrait des écrits plus froids et plus distants chaques jours. Il en souffrait énormément. Ce n'est pourtant qu'en printemps 1858 qu'il se décida et lui écrire pour lui demander pourquoi. Chléa lui répondit avec sincérité, lui expliquant tout de la véritable nature de ses sentiments. Nicolas sentit alors tout s'effondrer autour de lui, à un point tel qu'il e eût le vertige. Ces sept dernières années, il avait bâti sa vie autour de Chléa, et aujourd'hui il apprenait que tout n'avait été que mensonge, qu'il avait tout bâti autour d'un miroir vide et froid, qui ne montre que ce qu'il y a autour. Rien ne pouvait décrire l'état de détresse intense qui s'emparait dès lors de lui. Au bout de quelques longues et douloureuses semaines, une seule solution s'offrait à lui, et il l'accepta, comme s'il s'agissait d'une évidence. L'été 1858 se révéla chaud, mâma au nord des Alpes. Cependant, Chléa jouait avec la même intensité. Cela faisait quelques mois qu'elle n'avait pas eu de nouvelles de Nicolas, mais elle n'en attendait, ni n'en désirait plus. Ses dernières lettres avaient fait ressortir une souffrance dont elle se sentait coupable. Elle avait d'ailleurs brûlé ces lettres. La soirée du 14 juillet 1858 était une soirée douce et claire. Elle sortait d'une prestation devant quelques nobles familles de Saxe et désirait marcher un peu, avant de rejoindre ses appartements. Mais à la sortie du concert, un homme masqué par la pénombre l'approcha. Elle ressentit alors un profond désespoir émaner de lui; une colère sourde aussi. Celui qui se tenait là dans l'obscurité n'était plus un homme; mais une créature maudite, vouée à l'ombre, ravagée par son ire et par son insanité. Il l'emmena de fore hors de la ville, vers les collines qui séparent Dresde d'Albrechtsburg, de Meiβen et du château de Moritzburg, sur la route de Leipzig. Chléa n'avait pas peur. Elle ressentait une vague d'Amour de la part de cet homme. Elle eût, l'espace de quelques instants, la conviction que cet homme ne pourrait jamais lui faire de mal. Des sentiments aussi purs, aussi puissants, lle n'en avaient perçut qu'une seule fois dans sa vie. Et, alors qu'elle établissait ce raisonement, elle comprit qui était cet homme, et comprit que malgré tout cet amour, la folie avait prit le dessus sur Nicolas. Elle avait peur désormais, mais elle gravit la colline sans se débattre. En haut, Nicolas attacha Chléa à un arbre et commença à parler. Au début, il s'excusait, pour tant de choses futiles qu'il avait pût faire, mais surtout pour ce qu'il allait faire. Puis il commença à énumerer tous les repproches qu'il attribuait à Chléa. Elle avait modeler sa vie par ses mensonges, et il en perdait la raison. La lune était haute ce soir là; une belle lune d'été, protectrice des amoureux. Mais aujourd'hui, la lune les avaient abandonnés. Elle même semblait folle, comme si elle savait qu'elle avait des amoureux à sauver, mais qu'elle avait oublier lesquels, où et quand. C'était pourtant sous cette même lune, aujourd'hui lugubre et malsaine, qu'ils sétaient embrassés pour la première fois, et également sous cette même lune qu'ils s'étaient donnés l'un à l'autre pour la première fois; la lune des baisers. Nicolas sortit une bouteille d'alcool. Chléa pensa un cours instant qu'il allait y porter ses lèvres, tout en sachant que cela ne changerait rien à la situation. Mais elle se trompait. Il l'aspergea, vida toute la bouteille sur elle et lui demanda de le regarder dans les yeux. Elle ne le put et se tourna vers la lune. C'est alors que Nicolas fit craquer une allumette et la jetta allumée dans les cheveux, déjà naturellement rougeoyant de Chléa. Elle hurlait et il pleurait. Puis elle chanta, l'une des chansons que sa mère lui chantait étant petite, et c'est en prononçant le mot final, "luigh", qu'elle s'éteignit sous la lune des baisers.