Errance et Redemption

Nicolas contempla de longues heures durant, jusqu'à l'aube, et avec effroi ce qu'il venait de commettre. Cependant, ses main ne tremblaient plus lorsqu'il prit l'arme de son père, un six-coups, avec une crosse en bois de santal, finement décorée d'une rose stylisée, l'approcha de sa tempe, et mit fin à ses souffrances. Tout le long de son incinération, Chléa avait lutté, implorant la lune elle-même de lui venir en aide. Selon elle, elle ne pouvait pas partir, sans savoir ce qu'est réellement aimer, sauf par l'intermédiaire d'autres. Alors elle s'accrocha grâce à la musique, comme toujours, en un premier temps, puis grâce à la lune, en un temps second. A la fin, alors qu'elle prononçait son nom, luigh (la lune en irlandais), elle se sentit ne faire plus qu'un avec la lune. Elle ne sentait à ce moment précis plus aucune douleur. Elle se sentait seulement aspirée par l'astre lunaire, puis elle se sentit aller beaucoup plus loin. Puis Chléa se retrouva sur la même colline. Le feu s'était éteint, la vigne avait poussé, mais la lune était toujours là et lui avait même donnée son nom, désormais elle serait Chléa Luigh'na-gealaí. Dix-neuf années s'étaient écoulées; toute une vie aux beaux yeux de Chléa. Mais c'était sa nouvelle condition, immaterielle, qui l'épouvantait le plus. Elle parvint cependant à s'y habituer au fil des années et se promit de profiter de cette seconde chance pour ressentir ce qu'elle n'avait pût ressentir durant son vivant. Elle enchaîna ainsi les corps d'emprunt dans ce but mais n'y parvint pas. A défaut, elle enchaîna des expériences aussi étranges que douloureuses pour pouvoir connaitre tous les sentiments qu'il est possible de ressentir, mais toujours grâce aux autres. Elle ne restait cependant jamais bien longtemps dans un corps, trouvant sa forme éthérée reposante. Il y eût cependant deux exeptions à la rêgle. Elle vécut une vingtaine d'années dans le corps d'un guitariste japonais prénommé Hideto, jusqu'en 1998. Durant ce temps, elle cotoya une personne fascinante, qui connaissait et comprenait son existence, appellée Yoshiki. La seconde exeption est sa dernière possession en date. Il s'agissait d'une française prénomée Héloïse. Elle resta exactement trente ans en elle, et mourut en 2038, au début de l'Apocalypse. Mais juste avant cette personne, elle exista deux années dans le corps d'un adolescent français. Dans ce corps, elle pense avoir aimé. Plus précisemment, elle pense avoir aimé Héloïse, c'est d'ailleurs pour cela qu'elle prit son corps, dès que l'occasion se présenta. Cette éphémère sensation reste pour elle l'unique espoir de comprendre enfin ce que Nicolas ressenti, son unique espoir de redemption; l'espoir d'enfin quitter cette existence absurde, de trouver le repos au bout de son errance.